lundi 16 mars 2015

Le lion qui avait peur de rayer le parquet, l'éléphant de l'escalier et la girafe au balcon

"Ce que je vis alors dépassait tout ce que j'avais imaginé auparavant. Ce fut un choc immédiat, brutal [...]. La vision de ce hall, immense comme une gare, me laissa cloué sur place." - le peintre Jürg Kreienbühl, 1988.

Comme ce titre ne l'indique pas, j'ai visité la Grande Galerie de l'Evolution du Muséum d'histoire naturelle. Les poissons volaient, les papillons nous laissaient le temps de les admirer, et le lion était doux comme un agneau.
Les mots ne suffiront pas à vous décrire l'émerveillement ressenti, et la beauté sans chichis des lieux. Les lieux ont été pensés par des passionnés, et les architectes chargés de restaurer le muséum il y a une vingtaine d'année ont eu l'excellente idée de faire appel à un metteur en scène, expert du théâtre et du cinéma. Les lumières changent, une tempête s'abat sur la savane, il pleut des trombes, il y a des éclairs, puis c'est l'aurore rosissante qui ramène la paix, le soleil se lève et sa lumière chaude inonde la pièce. Les animaux rugissent, barrissent, mugissent, pépient - c'est un tintamarre joyeux que les photos ne sauraient retranscrire...



On émerge des flots et l'éléphant de l'escalier nous accueille, placide.


Vue d'ensemble.
L'espace offert par l'immense nef a été judicieusement organisé : les abysses en sous-sol,
une procession d'animaux de la savane africaine au premier étage,
les galeries sont orientées vers la pédagogie, pour tout apprendre
sur la diversité du vivant, les gènes, les espèces, la place de l'humain dans tout ça, etc.
Des questions d'une simplicité en-fan-ti-ne !

Le lion rentre les griffes et avance précautionneusement pour ne pas rayer le parquet.



Monstre marin.


Tout fait de cette galerie un temple de la vie, sous toutes ses formes :
la procession d'animaux, la pièce appelée "nef", les jeux de lumière, 
les chuchotements à peine troublés par des jeux d'enfants, la solennité des textes sur les murs.
Tout évoque les mystères et le grandiose de la Vie 
(tiens, oui, la Vie avec un grand V, c'est parti, soyons fou !).


La nuit s'abat sur la Galerie, et, avec elle, le chant des cigales.
En fermant les yeux, je pourrais me croire en vacances en Provence.

Une dernière image : au troisième étage, une girafe curieuse étire son cou au balcon.
Ou alors elle songe à se jeter par dessus la balustrade après avoir lu les panneaux derrière elle,
ceux qui décrivent comment l'humain déploie des trésors d'ingéniosité pour détruire et saccager.

Après ça, il faut que j'aille prendre l'air.
Mais parce qu'on ne se refait pas, je rends d'abord visite au Cabinet d'Histoire du muséum,
avant de me balader un peu dans le Jardin des Plantes... puis de retourner travailler.


Tiens, pour finir, je vais piquer les mots d'Eugène Delacroix :
"J'ai été, en entrant dans cette collection, pénétré d'un sentiment de bonheur. A mesure que j'avançais, ce sentiment s'augmentait ; il me semblait que mon être s'élevait au-dessus des vulgarités ou des petites idées ou des petites inquiétudes du moment. Quelle variété prodigieuse d'animaux, et variété d'espèces, de formes, de destination ! A chaque instant, ce qui nous paraît la difformité à côté de ce qui nous semble la grâce..."
Magie magie !

Love from Paris,

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