mercredi 29 avril 2015

Où je rencontre un ambassadeur

Sciences Po ouvre des portes, c'est bien connu. Bon, je n'ai toujours pas trouvé de stage - donc il faut que je fasse attention à ne pas faire de la publicité mensongère. Mais, parfois, ces quelques syllabes sont un sésame précieux. J'avais visité l'Assemblé nationale, j'ai pu entrer dans les locaux de l'UNESCO. En fait, il est tout à fait possible de s'inscrire pour une visite guidée (ici) mais je l'ignorais et ça me paraît intimidant - et puis le faire avec un groupe de Sciences Po m'a permis de rencontrer l'ambassadeur de France à l'UNESCO (ancien étudiant de notre bonne vieille institution oblige...).


Donc, jeudi 23, mon bus me dépose entre l'Ecole militaire et l'immense bâtiment moderne de la place Fontenoy. Bâtiment dont je fais plusieurs fois le tour, à la recherche des organisateurs de la visite - qui étaient en retard. On entre, on passe les contrôles de sécurité stricts et maussades, j'oublie d'enlever mon téléphone de la poche de mon manteau, je suis sèchement rabrouée, on me laisse passer, on retrouve notre guide. Un spécialiste des génocides et des crimes contre l'humanité, ambiance.



A toute vitesse, on parcoure des couloirs, et on s'installe dans la salle des grandes assemblées, celle qui fait rêver et qui impressionne, celle qui était la plus grande salle de Paris jusqu'à la construction du Philharmonique. Celle qui fait réaliser qu'il y a 195 Etats-membres (un de plus qu'à l'ONU, la Palestine depuis 2011, geste politique s'il en est !). Soit 190 de plus que dans ma petite famille, soit 190 difficultés de plus pour trouver un terrain d'entente et un accord, alors que c'est déjà relativement problématique à cinq (bonjour, l'euphémisme), et là on comprend mieux le problème.


On retourne se balader dans les couloirs et on découvre la collection d’œuvres d'art géante de l'organisation, une des plus grandes collections du monde. Picasso (La Chute d'Icare), Miro, Giacometti... Et au milieu de ces œuvres protégées et privilégiées, des photos de monuments syriens et irakiens, avant leur destruction. Ça peut sembler un enjeu de second plan, au regard de toutes les vies humaines perdues. Et ça l'est. Mais c'est aussi un enjeu de sécurité et de paix, quelque chose qui attaque ce que nous sommes, nos histoires communes et individuelles.


On a discuté avec l'ambassadeur de France (discussion top secrète (en fait, pas du tout, mais allumer TF1 à 20 heures et aller sur la page Wikipédia de l'UNESCO devrait vous en apprendre tout autant)).
Et voilà ! Etudier le fonctionnement des organisations internationales, en long, en large, et en travers, cette année, m'a plutôt rendue amère et désillusionnée et je ne suis pas une de leurs plus ferventes admiratrices. Il n'en reste pas moins que s'asseoir dans la salle des assemblées générales rappelle les récits émouvants de mes professeurs d'histoire contemporaine, les récits d'une époque pas si lointaine où l'on espérait que les Etats pourraient travailler ensemble, main dans la main, à la construction d'un monde meilleur.

Love from Paris,


dimanche 19 avril 2015

A l'ombre des acacias en fleur

Les fleurs crissent sous mes pieds, les branches se balancent au-dessus de ma tête, les photos des montagnes françaises sur les grilles du Jardin de Luxembourg me font voyager du côté des tétras-lyres et des sommets enneigés, ça sent le printemps et les pots d'échappement, les rues du VIème arrondissement sont quasi-vides. Je sors de la bibliothèque alors je m'accorde le temps de flâner. Il est minuit passé, j'ai un reste de caféine dans le sang, pas encore envie de retrouver Morphée.

Love from Paris,

jeudi 16 avril 2015

Provision de couleurs

"Celui qui chante n'est pas toujours heureux." - Pierre Bonnard. Mélancolique, le type.


Pierre Bonnard est intéressant. Méconnu, voire inconnu, ce post-impressionniste est exposé au musée d'Orsay depuis le 17 mars. Pour moi, c'était une découverte. Parce que j'avais lu un article du Monde et regardé une émission Arte, j'avais une petite idée de ce que j'allais y voir - mais ce n'est pas pareil d'écouter des historiens de l'art, des experts, et de voir par soi-même, sans concepts et sans grands mots. D'autant que j'avais la chance d'être avec un ami qui n'avait pas la moindre idée de qui était Bonnard et garantissait donc un vent de fraîcheur et un regard neuf (et aussi de petites remarques piquantes, très importantes un jeudi soir à 20h).


Bonnard c'était le peintre qui se promenait de longues heures dans la campagne et appelait ça "faire provision de nature". Il peignait de mémoire, à l'aide de notes soigneusement prises sur son agenda : la météo, la lumière et les couleurs changeantes en fonction du moment de la journée. "Peindre de mémoire, c'est admettre le caractère éphémère du moment, un dilemme pour le peintre en recherche d'intemporalité", disait un expert dans l'émission d'Arte. 
Mouais, ça se discute. Je ne suis pas peintre mais moi qui écris de mémoire, il me semble que décrire un moment (éphémère), quelque temps après ce moment, implique une part de reconstitution pas nécessairement fiable, une part de ré-interprétation, une part d'imaginaire pour combler les trous. Donc une part d'intemporalité, quelque chose qui n'appartient pas à un moment précis, hors chronologie, quelque chose de vague, que l'on aurait bien du mal à identifier et séparer de ce qui fut et n'est plus. 
Mes compétences en matière d'art sont relativement limitées : "j'aime beaucoup ce bleu profond, il est dingue... et ça va super bien avec ce jaune vif... et la petite touche rouge, là, elle est parfaite, elle réveille le tout". Ça se passe de commentaires, je crois. C'est sans doute la raison pour laquelle j'ai du mal avec l'art contemporain, ou avec l'art "intello-intellectuel", pour lesquels il faut - me semble-t-il - avoir quelques connaissances de base pour comprendre et apprécier ce qui se passe. Je ne demande pas nécessairement à comprendre mais au moins à être atteinte, touchée. Bonnard m'a touchée.


Je ne vous cache pas que son obsession pour les corps de femmes nues dont on ne voit pas les visages m'a mise mal à l'aise (euh... on appelle Freud ?), Mais ses paysages et ses représentations de la nature sont "vibrants" (je vais me reconvertir dans l'écriture à la chaîne de catalogues d'exposition et d'articles de pseudo-critique dans le Monde), lumineux, une bombe de couleurs.
Il touche à l'intemporalité : il n'y a pas que des moments de vie dans ses tableaux, il y a de la vie, il y a la vie. La vie regardée avec tendresse, avec terreur, avec mélancolie, avec un sourire malicieux, avec des yeux émerveillés... Et la vie, ça nous touche, non ?

Love from Paris,

lundi 13 avril 2015

Etudier l'Histoire...

C'est se rendre compte que nous sommes partie de quelque chose qui nous dépasse, individuellement.

Et ça ne peut pas faire de mal. Parce que ça nous rapetisse et relativise notre importance : que sommes-nous par rapport à tous ceux qui ont été et tous ceux qui seront ? Mais surtout parce que ça procure un sentiment d'appartenance à une communauté globale, à l'humanité - toutes ces fois où je me suis exclamée "ah je me sens moins seule" ou encore "oh c'est dingue, eux aussi ils faisaient ça", devant un bouquin écorné et usé ! Ceci, en particulier, me semble inestimable, en ce XXIème siècle où sont valorisés les "contacts" humains dématérialisés et virtuels, à distance, où l'individualisme domine, où l'on multiplie les appartenances et les identités - et les dépressions.

Etudier l'Histoire - bon, et l'environnement - me rappelle quotidiennement que je suis humaine, que je ne fais rien de neuf sous le soleil et que ne rien faire sous le soleil, c'est à la fois terrible et merveilleux, que ma vie n'est ni plus ni moins importante que celle de mon voisin. Voire même ni plus ni moins importante que celle de ce petit insecte dont la présence est nécessaire au fonctionnement correct de tout un écosystème. Etudier l'Histoire, c'est aussi un peu vertigineux, surtout quand on se penche sur la vie quotidienne, sur les histoires. Là, on regarde toutes ces vies, tant de vies - comme un écrivain qui regarde tous les humains qui s'approchent et passent à côté de lui, dont il ne connaîtra jamais les histoires, comme tout un chacun face à l'immensité de l'univers et à ses innombrables étoiles. Vertigineux, mais beau.

C'est important l'histoire. Ça fait réfléchir sur un peu tout, sur le reste du monde, sur notre place, sur ce que ça signifie être citoyen. C'est ce que mes parents m'ont enseigné, ce que j'ai cru, ce que je n'avais jamais autant vécu avant de me plonger à corps perdu dans un mémoire. Le mémoire, ça aussi, c'est un sacré truc qui nous dépasse. J'aurai passé un an de ma vie sur ce sujet, sur ce projet. C'est un truc sans prétention, pour moi-même. C'est bon d'entrer en profondeur dans un sujet qui nous intéresse, de comprendre et de progresser, de produire quelque chose, de travailler sa faculté à s'ouvrir au reste du monde, une méthodologie et une rigueur... Et puis c'est un travail de confiance en soi et de lutte quotidienne contre le doute de ses propres capacités.

Dans Comment écrire une thèse (c'est devenu mon livre de chevet), Umberto Eco écrivait : "votre thèse est comme votre premier amour : elle va être difficile à oublier."
Tant mieux.

Love from Paris,

jeudi 9 avril 2015

Tous les moulins de mon coeur

Les mots me font défaut ces derniers temps.
J'ai l'impression désagréable qu'écrire des dissertations tarit mon inspiration non-scolaire. J'aurais pu éloquemment écrire que j'étais, le mercredi 25 mars, à la soirée "Michel Legrand" au théâtre des Champs-Elysées. Je n'aurais sans doute pas pu vraiment parler de la musique dans tous les cas, je suis bien trop mauvaise en la matière. J'aurais juste pu bien écrire que ça m'a plu, que ce fut un bon moment, que le plafond Art Déco du théâtre est splendide, que Legrand était attendrissant, que le violoncelliste Henri Demarquette était exceptionnel et son Stradivarius magnifique, que l'orchestre symphonique d'Odense était tristounet, que je suis sûre qu'un des violonistes faisait du play-back, que la 7e Majeure au violoncelle c'est marrant, et qu'il faut vraiment que je regarde les films de Jacques Demy !




J'aurais pu écrire tout ça un peu mieux mais, voilà, on se contentera de termes juxtaposés.
Et je vais aller faire une "danse des mots" pour que ceux-ci me reviennent !

Love from Paris,

mardi 7 avril 2015

"Pour un monde meilleur"

La semaine dernière, j'ai eu la chance de voir et d'écouter un ancien secrétaire général de l'ONU et l'actuelle directrice de l'UNESCO. Sciences Po, ça a du bon.

Lundi 30 mars - séance de questions/réponses avec Kofi Annan : d'après lui, le monde et l'ONU sont enfin prêts pour une femme secrétaire générale des Nations Unies (mais il avait déjà dit ça en 2006 et on a eu Ban Ki Moon... qui n'est pas une femme, si ?).



Jeudi 2 avril - conférence exceptionnelle de Irina Bokova sur les destructions du patrimoine comme enjeux de sécurité et de paix : une femme, elle, directrice générale de l'UNESCO et candidate sérieuse à la succession de Ban Ki Moon à la tête de l'ONU. Impressionnante de détermination, de passion, de conviction et de bienveillance.


"Je ne crois pas qu'il y ait un 'choc des civilisations'. Il y a un choc entre ceux qui croient que nous pouvons vivre ensemble et ceux qui ne le croient pas." (Irina Bokova)

Love from Paris,

samedi 4 avril 2015

Entr'acte

Vendredi, Saint-Denis. J'ai remonté la ligne 13, avec les péripéties que ça suppose, je suis arrivée en retard, Flo était là, les serveurs souriaient, les frites étaient sublimes. Flo était là, c'était tout doux et tout bon, différent du reste de ma semaine.


Apparemment, c'est en France que je vais manger les meilleurs fish'n'chips de ma vie.

Love from Paris,